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Blog indépendant d'information sur le mouvement social en Charente-Maritime.

Publié le

Opposés aux industriels, les résidents à proximité de quatre sites à haut risque doivent quitter leur logement ou le rénover en partie à leurs frais.

«Les travaux ? Je ne pourrai pas les payer ! Et je ne peux pas faire un emprunt à mon âge ! On n’est pas des rupins», s’exclame Judette, 83 ans, énervée et inquiète de devoir effectuer des rénovations pour continuer à occuper son logement. Sa maison, dans le quartier de la Pallice à La Rochelle, se trouve à une trentaine de mètres de gigantesques cuves beiges. Elles appartiennent au groupe Picoty, spécialisé dans le négoce, le stockage et la distribution de produits pétroliers. Remplies de 283 000 m3 d’hydrocarbures, elles font partie, avec les emplacements des groupes Rhodia, Gratecap et SDLP (stockages d’hydrocarbures), d’un des quatre sites «Seveso seuil haut» de La Rochelle, qui accueille aujourd’hui un colloque sur les risques industriels en ville.

Depuis 2008, la maison de Judette est concernée par l’un des trois plans de prévention des risques technologiques (PPRT) de la commune, un des plus délicats de France, car seuls 20 mètres séparent les sites de Picoty et de SDLP des habitations les plus proches. Reporté trois fois, ce document, qui réglemente l’utilisation des sols en fonction des risques auxquels ils sont soumis, prévoit l’expropriation de 9 maisons et le placement de 23 autres en «zone de délaissement».

«Dilemme». Dans ce dernier cas, les habitants ont le choix entre vendre leur habitation à l’Etat ou à la ville, ou réaliser des travaux afin de sécuriser leur logement. «Ces habitants sont face à un dilemme. S’ils restent, leur maison sera difficilement vendable par la suite, car classée en zone Seveso. Ils auraient donc tout intérêt à partir, explique Raymond Bozier, président de l’association de riverains Respire, mais les prix de l’immobilier ont flambé à La Rochelle. Ils seront donc obligés d’aller vivre en appartement, de devenir locataire ou de s’éloigner de la ville. Or, beaucoup sont âgés.»

L’Etat accorde 30% du montant des travaux en crédit d’impôts, afin d’aider les riverains. Depuis mars, l’association Amaris, l’Ufip (Union française des industries pétrolières) et l’UIC (Union des industries chimiques) recommandent aux collectivités locales et aux industriels de financer, chacun, 25% des travaux en crédit d’impôts. Ce qui laisse malgré tout 20% du prix à la charge des résidents.

Pour Respire, créée en 2009, les habitants n’ont pas à débourser un centime pour une situation dont ils ne sont pas responsables. «Il faut contraindre l’industriel à prendre en charge la totalité des travaux. Les populations sont déjà pénalisées depuis de longues années par l’odeur et le bruit. On ne va pas leur demander en plus de payer pour renforcer leurs murs ou pour changer la toiture», insiste Michel Le Cler, membre de la Coordination nationale des associations riveraines des sites Seveso. Et c’est là où le bât blesse. Financièrement, tout le monde se renvoie la balle, même si Maxime Bono, le maire de La Rochelle, explique que «les habitants n’auront rien à payer».

Paroi. De leur côté, les industriels concernés assurent avoir toujours travaillé dans les règles. Sauf que celles-ci ont beaucoup changé depuis leur implantation, dans les années 60, et, surtout, depuis l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001. Pour Bernard Rabot, de SDLP, «le financement, c’est le problème de la loi Bachelot de 2003 [qui a instauré les PPRT, ndlr]. Mais nous, on ne fermera pas le site».

Sollicitée, la direction de Picoty n’a pas souhaité s’exprimer. L’entreprise vient de débuter la construction de quatre cuves de 40 000 m3 au total, alors que Respire demande que celles déjà existantes soient éloignées des habitations. Une doléance repoussée par la préfecture : si l’industriel refuse, les pouvoirs publics ne peuvent rien faire. Néanmoins, pour réduire les risques, Picoty prévoit de transférer les hydrocarbures - hautement inflammables - dans les quatre nouvelles cuves en construction, plus distantes des logements et dotées d’une double paroi. Les cuves vidées contiendraient désormais du fuel, moins inflammable. Quant à SDLP, elle devrait supprimer un stockage de produits dangereux qui se trouve proche de résidences.

Avec ces mesures de protection supplémentaires, aucune maison ne devrait finalement être expropriée, et 16 maisons se retrouveraient en zone de délaissement au lieu des 23 prévues initialement. Les discussions concernant le PPRT vont donc reprendre. Malgré ces avancées positives, Respire ne baisse pas la garde. «Nos actions commencent à faire bouger les choses. Nous voulons maintenant que plus personne ne se trouve en zone de délaissement», précise le président de l’association, Raymond Bozier.

Source : Libération

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